2009-11-22

L'intelligence émotionnelle

Les émotions sont indispensables à la pensée, tant pour prendre des décisions sages que, tout simplement, pour réfléchir de façon claire.
(extrait de « L’intelligence émotionnelle » de Goleman)


(Note pour la compréhension :
l'amygdale* = l’amygdale cérébrale, fait partie du « cerveau émotionnel »
néocortex*= « cerveau pensant »
structures limbiques* = territoire neuronal reliant les deux)


Les liaisons entre l'amygdale* (et les structures limbiques* connexes) et le néocortex* sont au centre des batailles ou des traités de coopération entre la tête et le cœur, la pensée et les sentiments. L'existence de ce circuit explique pourquoi les émotions sont indispensables à la pensée, tant pour prendre des décisions sages que, tout simplement, pour réfléchir de façon claire.


Considérons aussi le rôle joué par les émotions, même lorsque nous prenons les décisions les plus « rationnelle ». Dans des travaux très importants pour la compréhension de la vie mentale, Antonio Damasio, neurologue à la faculté de médecine de l'université de l'Iowa, a étudié comment est affecté le comportement des patients dont le circuit lobe préfrontal-amygdale a été endommagé. Leurs décisions sont gravement faussées, et pourtant ni leur QI ni aucune de leurs capacités cognitives ne semblent diminués. Bien que leur intelligence soit restée intacte, ils effectuent des choix désastreux dans leur vie professionnelle et privée, et il leur arrive même de tergiverser sans fin avant de prendre une décision aussi simple que le choix de l'heure d'un rendez-vous.
Selon Damasio, si leurs décisions sont aussi erronées, c'est parce qu'ils n'ont plus accès à leurs connaissances émotionnelles. Au point de rencontre entre la pensée et les émotions, le circuit lobe préfrontal-amygdale constitue un passage essentiel vers le réservoir des goûts et dégoûts que nous avons accumulés au cours de notre vie. Coupé de la mémoire affective emmagasinée dans l'amygdale, ce que le néocortex analyse ne parvient plus à déclencher les réactions émotionnelles qui y étaient associées: tout se teinte d'une morne neutralité. Un stimulus, qu'il s'agisse d'un animal adoré ou d'une personne détestée, ne suscite plus ni attirance ni aversion. Ces patients ont « oublié» ces connaissances émotionnelles parce qu'ils ont perdu la clé de leur entrepôt, situé dans l'amygdale ..
Des faits de ce genre ont conduit Damasio à considérer que, contrairement à ce qu'on pourrait penser, les sentiments sont indispensables aux décisions rationnelles; ils nous orientent dans la bonne direction, celle où la logique pure peut être utilisée au mieux. Au cours de l'existence, nous sommes souvent confrontés à un éventail de choix embarrassants (Quelle formule d’épargne-retraite choisir? Qui épouser? etc.). Mais nos connaissances d'ordre émotionnel (le souvenir d'un mauvais investissement ou d'une rupture douloureuse) sont autant de mises en garde qui permettent dès le départ de circonscrire le champ de la décision en éliminant certaines options et en en valorisant d'autres. C'est ainsi, soutient Damasio, que le cerveau émotionnel intervient dans le raisonnement autant que le cerveau pensant.
Les émotions sont donc d'une grande importance pour la raison. Dans le ballet des sentiments et de la pensée, nos facultés affectives nous guident constamment dans nos choix; elles travaillent de concert avec l'esprit rationnel et permettent - ou interdisent ­l'exercice de la pensée elle-même. De même, le cerveau pensant joue un rôle exécutif dans nos émotions, sauf lorsque celles-ci échappent à notre contrôle et que le cerveau émotionnel règne en maître.
En un sens, nous avons deux cerveaux, deux esprits et deux formes différentes d'intelligence: l'intelligence rationnelle et l'intelligence émotionnelle.