2011-07-14

Comment créer l’homme imaginant ?

Le rêve de tout humain est de tendre vers « son » bonheur. En général, il semble évident que la réalisation de ce bonheur ne peut se construire que dans la paix. La paix vis-à-vis de la planète et des voisins humains. Le premier se résout tant bien que mal par une compréhension et une maîtrise de la nature, le second, par l’établissement de règles sociales de cohabitation permettant d’éviter les conflits de tout type qui peuvent surgir entre et à l’intérieur des communautés.
Dès la naissance, l’enfant apprend à respecter des lois tout en testant l’étendue de son domaine de liberté. Peu à peu, les automatismes des pulsions primitives sont plus ou moins « profondément » dirigés par des automatismes culturels. Même l’enfant loup a reçu une éducation : celle des loups. Sans la moindre éducation, il est fort probable que l’enfant serait inapte à survivre, car elle n’enseigne pas seulement les protocoles sociaux, mais aussi les acquis des générations antérieures afin d’éviter les mauvais choix et de profiter du savoir des autres pour mieux affronter les inconnues de son univers.
Or, toute mémorisation requiert de fréquentes répétitions et de puissantes motivations. Ainsi, l’enseignant — le maître — usera (abusera parfois) de châtiments et de récompenses pour forcer l’apprentissage.
Victime de sa propre intelligence et de la quête biologique de la moindre action, l’homme cherche, à défaut de certitudes, des probabilités rassurantes. Son inquiétude à trouver des solutions le pousse à anticiper jusque dans l’insondable au-delà. Mais là, aucun retour d’expérience ne vient le renseigner. Même l’esprit critique peut se laisser emporter par le doute, celui du sens de la Vie.
Comme les expériences sont favorables, indifférentes ou néfastes pour l’être biologique, l’intelligence, par analogie, projette des valeurs plus ou moins bonnes, plus ou moins mauvaises sur les concepts de l’être pensant. C’est la conscience morale.
L’étude de la morale reste l’apanage des philosophies et des religions. Ce sont elles qui proposent des comportements de l’homme, et l’enseignement du code moral associé, conditionnant l’esprit en jouant sur la notion du châtiment et de la récompense. Qu’il s’agisse d’une fessée ou d’un cadeau, de la peur du gendarme ou de l’honneur sauf, des obscurs chaos infernaux ou des paradis plus ou moins fantasques, partout, le bâton et la carotte entraîne l’humain à obéir aux dogmes des convictions à la mode ou imposées par d’autres moyens.
Hélas, chaque sage, chaque époque, chaque lieu ont leur vérité. Pire, chaque humain a sa propre interprétation de ce qui lui a été enseigné.
L’idéal laïque républicain était de mettre fin à un endoctrinement orienté uniquement par les religions. Mais en fait, le laïcisme républicain n’est qu’une autre forme de religion où l’adoration en une quelconque divinité s’est transformée en l’adoration en une absence de dieux ou en une Science sacralisée. Le pouvoir de dire ce qui est bien et mal n’a fait que changer de mains.
Ainsi, l’éducation reste dans tout les systèmes, la forge où sont frappés les ordres à respecter selon des lois elles-mêmes marquées de certitudes. Sans que nous le sachions, notre éducation nous domestique, nous robotise. Les libertés politiques ne libèrent que les nouveaux décideurs, quant aux serfs, ils changent de noms et deviennent salariés, actionnaires, mais dans tous les cas, continuent à « produire de la richesse » pour d'« autres ».
La liberté n’existe pas : on dépend toujours de l’enseignement d’autrui. Il ne faut pas se leurrer, l’enseignement est incontournable et n’est pas source bonheur.
Pour Hôdo, l’éducation ne devrait être qu’un raccourci qui nous évite à redécouvrir l’Histoire de l’humanité, mais pas un endoctrinement quelconque. Or, ce souhait est une utopie. La seule manière d’y remédier et d’apprendre à savoir cohabiter avec autrui sans être un mouton, c’est d’appliquer une rigoureuse transparence à l’enseignement. C’est à dire de bannir toutes les formes d’autorité abstraite telles que : « On ne fait pas cela, c’est toujours ainsi, etc. » Mais, au contraire dire : « Moi, je n’aime pas cela, je préfère cela. » Le Moi n’est pas si haïssable que cela ! C’est le dieu « On » qui l’est. Et l’enseignant, même maître, n’est qu’un homme.
Et puisqu’aucune éducation ne peut s’élaborer sans objectif, visons vers l’être imaginant, cher à Laborit. Apprenons que la connaissance a ses zones d’ombres et ses frontières où règnent le doute et l’incertitude et que ce sont, là, nos destinées d’êtres pensants. Apprenons à écouter et à ne pas ériger en barrières infranchissables nos convictions sans lesquelles nous ne pouvons vivre, de même que nous ne pouvons nous passer de notre squelette rigide. Apprenons à imaginer des solutions à chaque problème social, et que l’une des solutions possibles puisse être la fuite. Apprenons surtout ce qu’est la dominance, sous toutes ses formes, afin de rester vigilant autant à l’emprise des autres qu’à celle de son ego. Soyons humbles !
Pour favoriser l’éclosion de cet homme imaginant, privilégions comme objectifs, la santé mentale et physique, la connaissance et l’art. Et cessons de faire en sorte que l’enseignement soit ballotté entre une éducation censée développer un être civilisé et l’enseignement professionnel qui changerait ce docile humain en utile instrument de productivité ayant droit au paradis de la consommation s’il est bien intégré dans son rôle social.