2012-05-11

Domination

« Tant qu'on n'aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l'utilisent et tant que l'on n'aura pas dit que jusqu'ici cela a toujours été pour dominer l'autre, il y a peu de chance qu'il y ait quoi que ce soit qui change. »[1]

Max Weber définit la domination comme : « toute chance qu'a un individu de trouver des personnes déterminables prêtes à obéir à un ordre de contenu déterminé. » Autrement dit, un dominant est un être et bien souvent un groupe est en position d'imposer, par tout moyen à sa convenance, y compris la force, ses idées, ses lois, sa vérité ou ses croyances voire simplement son bon plaisir.[2]
La domination utilise plusieurs moyens :
  • l’agression (ou de domination par la force) ;
  • la dépendance (ou la menace d'un « manque ») ; ces deux cas ôtent souvent la possibilité de fuite imposant une soumission souvent inconditionnelle ;
  • la manipulation (ou de domination par la ruse).

L'agression

À l'instar de la sexualité, l'agressivité fait partie des briques de base de notre « vitalité ». Elle est indispensable pour agir et aller de l'avant en surmontant voire en détruisant les obstacles. Comme la sexualité, l'agressivité peut être exacerbée, pervertie, mise à l'honneur ou l'index selon les définitions des sociétés. Il est donc très difficile de définir une normalité, mais la sexualité et l'agressivité peuvent s'éduquer afin d'en extraire la violence. Il semble néanmoins que la colère, qui est une émotion d'alerte, soit « techniquement » plus difficilement maîtrisable et en même temps plus facile à induire comme le montrent tous les incitations et enseignements à la haine.
L'attitude sociale qui s'appuie sur l'agressivité, l'agression, est définie comme étant le comportement dont le but est de porter dommage à autrui pour détruire l'obstacle qu'il représente, le résultat étant l'élimination, la fuite ou l'abdication des personnes ou des groupes. L'agression est souvent utilisée dans le partage des dominations de manière défensive ou préventive. Les dominants utilisent souvent le dernier argument pour justifier des guerres de contrôle.
Mais les violences ont un prix élevé aussi pour ceux qui en sont à l'origine. Il existe d'autres méthodes moins destructrices pour imposer sa domination, notamment, la limitation de liberté ou la menace. De plus, l'agression ne prédispose pas à une soumission rentable et le risque de revanche reste présent parfois sur plusieurs générations.[3]

La soumission

La soumission qui est le rapport entre deux entités dont l'une influence le comportement de l'autre peut violer les deux premières lois de la Charte de Hôdo.
La domination s'accompagne souvent, mais pas nécessairement, de l'usage de l'autorité, c'est à dire du droit de pouvoir commander et d'être obéi. L'autorité implique des notions « culturelles » de « légitimité » validant l'obéissance indispensable dans de nombreuses relations fonctionnelles (productives ou relationnelles) : c'est le cas du chef d'orchestre, du chef pompier... [5] Lorsque l'autorité est dévoyée à des buts de domination, elle devient rapidement tyrannie. Elle peut être conquise par la force (donc l'agression) ou par une suite de manoeuvres (comme les flatteusement dénommées « ambitions de carrière ») pouvant conduire à des maltraitances du type harcèlement. Une autorité légitime peut aussi se pervertir. Ces dérives sont à l'origine du concept de l'anarchie.[6]
La soumission à l'autorité est un phénomène bien étudié depuis l'expérience de Milgram, dont l'ampleur des conséquences fait peur, gênant par la même occasion la recherche sur des mécanismes cérébraux qui peuvent pourtant entraîner l'autodestruction du soumis.
La dépendance, présentée souvent comme une « protection » est l'un des arguments de persuasion privilégiés des dominants (mafia « protégeant » son domaine, proxénète « protégeant » sa prostituée, mais aussi État protégeant son peuple ou parent protégeant son foyer...)
En écho à l'appel de H.Laborit cité en tête de cette page, celui de Nicolas Guéguen se doit d'être reporté ici: « Plutôt que d'attendre qu'un tel comportement [la soumission à l'autorité] disparaisse, il conviendrait peut-être que l'on s'évertue à lever les conditions qui permettent l'émission d'un tel comportement afin, éventuellement, d'éviter qu'il ne se produise. » (Pg 67, Nicolas Guéguen, Psychologie de la manipulation et de la soumission, Dunod, ISBN 9-782100-488353).

La manipulation mentale

« L'influence interindividuelle ou l'influence sociale fascine et effraye. (...) les terribles faits divers qui lui sont attribués (Suicides collectifs, crimes rituels…) ainsi que de troublantes études scientifiques (Travaux sur l'hypnose, études expérimentales sur le conformisme ou la soumission à l'autorité…) nous affirment l'existence d'une force quasiment irrésistible et qui pourrait nous pousser à faire ou à penser des choses que nous ne voudrions pas, une force qui pourrait même nous conduire à notre perte. Il y a, avec l'influence, l'idée d'une intrusion, d'un véritable viol de la conscience, de la volonté… qui semble pouvoir passer sous le contrôle ou la volonté d'un autre. Ce n'est plus moi qui veux ou qui agis, c'est la volonté d'un autre qui est entrée en moi et c'est un autre qui agit à travers moi (sentiment de possession) » Stéphane Laurens.
La soumission est d'autant plus efficace que les « victimes » sont consentantes[7]. Plus elles ont l'impression d'agir en liberté, plus elles seront enrôlées, comme s’ils se sécrétaient leur propre dépendance. La manipulation mentale est la plus douce des techniques de domination, mais elle peut être utilisée autant dans un domaine positif comme l'encouragement à surmonter un obstacle que dans un but d'extorsion. Il est donc difficile, là aussi, de déclarer que tout est blanc ou noir[8]. Mais ce qui est important, c'est de savoir que tout le monde l'utilise et pas seulement l'escroc qui essaie d'abuser d'autrui. L'enseignant qui encourage un élève à surmonter l'obstacle utilise à son insu la manipulation mentale, est, hélas, parfois le même qui dévalorisera un autre élève...

L'assertivité et le comportement hôdon

L’assertivité désigne un comportement ou une attitude qui s'appuie avant tout sur le refus d’avoir recours aux trois comportements types à effets négatifs vus plus haut. Néanmoins, ce comportement doit avoir la capacité de défendre ses droits et de garder une attitude de fermeté par rapport aux événements et à ce que l’on considère comme acceptable ou non[9]. Le partage de la liberté[10] implique de toute manière une perte réciproque : l'assertivité recherche les relations harmonieuses de type gagnant-gagnant[11] comme la communication non violente.
L'assertivité a toute une série de recommandations qui sont précisément celles de Hôdo :
  • « Se respecter et se faire respecter » est contenu dans la première loi de la charte de Hôdo qui met l'action sur l'intelligence (la vie et l'environnement en sont des supports).
  • L'affirmation de ses propres limites. La deuxième loi de la charte de Hôdo en découle admettant que chacun doit pouvoir se retrancher dans un abri qui lui permet d'éviter une confrontation insupportable. De plus, Hôdo prône la notion d'humilité scientifique et de vérité ni absolue ni complète.
  • Savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs et communiquer efficacement. C'est tout la mission de ce site : découvrir qui nous sommes réellement pour mieux gérer les attitudes destructrices.
  • La technique dite du « disque rayé » (ou Broken record) est considérée comme une technique commune d’assertivité. Dans Hôdo, elle s'apparente à l'usage du « hasard si non consensus » (troisième loi de la Charte de Hôdo) qui est une façon de respecter un accord transitoire tant qu'aucun des partis n'a trouvé une solution consensuelle.
  • La technique dite du « Fogging » qui consiste à commencer par trouver un terrain d’entente en isolant des points sur lesquels un accord est possible, avant de contredire la partie du discours à laquelle on s’oppose se retrouve dans la troisième loi de la Charte de Hôdo qui limite le nombre d'articles au strict minimum.
  • Les techniques dites assertives deviennent sujettes à caution si leur utilisation doit conduire à une forme de manipulation, ce qui serait en profonde contradiction avec le premier principe qui consiste justement à refuser ce comportement. L’assertivité est l’art de la concession et du compromis. Réduire l’assertivité à des « trucs et astuces », c’est en pervertir le sens profond au risque de tomber dans la caricature. C'est pourquoi Hôdo ne préconise aucune technique en particulier pensant qu’à chaque « pédagogie » correspond des pédagogues et surtout des étudiants.[12]
  • Si l’assertivité n’est pas une technique, ce n’est pas non plus une méthode puisque c’est une attitude ou un comportement. C'est pour cette raison que Hôdo devrait être art de vivre, voire une politique.

Notes :
[1] Dernière phrase prononcée par Henri Laborit dans Mon oncle d'Amérique, cf. la transcription du texte du film.
[2] Dans les romans de Hôdo, la domination est omniprésente. Elle hante même les « Les pionniers de Hôdo » qui devront concentrer leur agressivité sur des dangers communs mettant en péril leur survie.
[3] Dans « Homo sapiens syntheticus », deux états en guerre ne savent même plus pourquoi exactement elle perdure.
[4] Dans « Les anges déçus », cet état d'esprit conduira à créer des espèces d'humain dans un but uniquement de « machine intelligente ».
[5] Plusieurs organisations sont décrites dans Hôdo. Quelques « héros » rentrent dans la catégorie des « autorités sociales » dont les principaux sont Nic (« Pionniers ») et Afsânè (« Les anges déçus », « Terra se meurt »).
[6] Le principe politique de Hôdo est acratique pour se distinguer par rapport à l'anarchie au sens péjoratif devenu commun. Il n'y a pas rejet systématique de la hiérarchie même s'il y a risque de déviance.
[7] Voir par exemple, « La soumission librement consentie » des psychosociologues français Joule et Beauvois.
[8] La « manipulation » est souvent utilisée par les androïdes de Hôdo comme technique d'aïkido, pour détourner l'agressivité des humains.
[9] La démagogie est une forme manipulatrice de domination qui se substitue par ruse ou par faiblesse à la volonté de défendre certains consensus demandant une autorité pour la gérer. La démagogie se drape souvent de [tolérance et compassion]voire d'[Amour (Henri Laborit)|amour].
[10] La liberté est un concept très flou développé plusieurs fois dans ce site et les romans de Hôdo.
[11] « Ni vainqueurs, ni vaincus » est l'objectif de toute synergie où il n'y a ni dominant, ni soumis.
[12] Néamoins, des recommendations peuvent être fournies comme:
- Exprimer les faits objectifs ou du moins perçus en précisant leur mode de perception.
- Ne pas interpréter autrui. On n'est conscient (et encore !) que de sa propre vérité, pas du vécu ressenti par autrui. Le « moi » n'est pas haïssable !
- Exprimer toujours ces besoins : ils ne sont jamais devinables, ou alors il s'agit de manipulation.